Le quotidien à Inaruwa

Actuellement installés dans une colocation à Inaruwa, ville centrale du district du Sunsari, nous continuons notre travail de recherche, décrit dans un prochain article.

Nous partageons le rez de chaussée d’une belle grande maison orange avec notre traducteur Sanjay et son frère Prakash, le traducteur de la thésarde Caroline qui, après un trek dans la région dévastée par le séisme, a été rapatriée en France. Nous restons donc ici tant qu’il y a de la place, et cherchons une autre maison/appartement où nous installer avec notre traducteur pour quand elle reviendra.

Nous avons une grande chambre qui sert aussi de salle à manger : on mange sur des tapis et des coussins. Sanjay dort dans le bureau, Prakash a sa propre chambre. On a aussi une cuisine sans évier ni arrivée d’eau : on remplit nos seaux à la pompe manuelle dans la cour, et on a des filtres en céramique qui nous permettent de « potabiliser » l’eau. On a aussi le luxe d’avoir une pièce salle de bain-toilette, qui sert aussi de repère nocturne à nos amis les cafards géants et leurs cousines les araignées poilues. Nous avons remporté une bataille épique l’autre soir contre 3 cafards et 2 araignées. Depuis, ils se font plus discrets. Habituellement ici, les gens ont une cabane derrière les maisons pour les toilettes. On croise régulièrement dans les villages des gens prenant leur douche directement autour de la pompe, entourés d’un tissu, à toute heure de la journée.

En effet, ici, il fait chaud, et ce dès 9h le matin. Du coup, le défi est de se lever bien plus tôt pour aller sur le terrain, rencontrer les agriculteurs et rentrer pour manger le midi et se reposer à l’ombre et au vent de nos ventilateurs, si le courant daigne sortir le bout de son nez de nos prises électriques.

Car depuis le séisme, nous avons eu une brève expérience inouïe : de l’électricité en continu pendant 5 jours. En effet, les usines étant fermées, + de jus pour les particuliers ! Grâce à ça, nous avons pu lire la totalité des articles du Monde et faire ensemble le décompte assez glauque du nombre de victimes qui augmentait heure après heure. On a encore des coups de stress à la moindre vibration, mais on ne va quand même pas se plaindre, car ici tout est intact, pas de victimes, la vie reprend comme avant.

On essaie de cuisiner des choses variées, mais c’est pas toujours facile de convaincre Sanjay et Prakash qui carburent au dal baht matin et soir. Oui, parce qu’ici, les repas c’est plutôt deux fois par jour : 10h le matin (soit 4heures après leur réveil) et 19h le soir. Le dal baht, c’est d’abord du riz (baht). Beaucoup de riz. A côté, deux cuillères de légumes (notamment avec des patates qui sont consommées seulement comme des légumes) et un bol de dal : un jus de lentilles corail épicées. Pour l’anecdote, un soir, nous cuisinions du riz et des légumes, et pensions réchauffer le dal qui était au frigo. Il était tard et on avait tous faim. Malheureusement, le dal avait déjà tourné, dans le frigo qui supporte pas trop les coupures d’électricité. Proposant à Sanjay de ne manger que du riz et des légumes, celui-ci fait de gros yeux, et s’empresse de refaire un dal. Nos ventres devront attendre une demi heure de plus pour être remplis : un dal bhat sans dal, ici, c’est comme le pain sans beurre salé chez nous. Au fond, c’est compréhensible, ces lentilles sont l’unique source de protéines pour ces végétariens. Sanjay et Prakash font partie d’une caste qui leur interdit de boire de l’alcool et de manger de la viande, mais Prakash n’en tient plus compte. Sanjay nous a raconté que comme ses frères ne respectaient pas ses règles, lui s’y tenait afin d’être bien vu dans la famille^^ Mais bien sûr, ça ne concerne pas toutes les castes. Un matin, lors d’un entretien avec un agriculteur, nous avons testé du vin fait par ses soins, à base de raisins, de pomme, de goyave et d’aloe vera… mmmh ça a l’air bon comme ça non ? Bon, c’était difficile de finir le verre, Etienne a failli dégobiller, mais par politesse que ne ferait-on pas !

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On essaie de manger avec la main droite comme tout le monde, mais c’est toute une technique de création de gouttière avec le bout des doigts et d’aspiration avec la bouche. Un des problèmes de la cuillère serait que ça donne un goût de métal au repas.

On cuisine beaucoup ici (dès qu’on en a marre de bosser et de lire l’actu). On s’est mis à faire des chapatis à la poële : des sortes de galettes de blé, qui nous changent du riz.

Pour faire nos courses, on va au petit marché local, et on n’en revient jamais à chaque fois qu’on achète des légumes : on remplit de gros sacs et on en a pour 2 ou 3 euros. C’est vraiment ça qui est fou ici. Plein de produits de base sont presque aussi chers qu’en France, mais alors les légumes, ça vaut rien de rien. Une petite pensée pour le pouvoir d’achat des agriculteurs…

A propos de pouvoir d’achat, l’argent de la plupart des gens ici provient de ce que leur envoient les jeunes partis bosser dans les pays du Golfe. Et la plupart des jeunes sont des migrants, ce que l’on remarque facilement après deux semaines ici. A part nos traducteurs, pas de jeunes mecs. Tous les fils des agriculteurs qu’on a rencontrés sont aussi des migrants… Et après ils nous expliquent qu’il n’y a pas de main d’œuvre. Le gouvernement a développé un nouveau programme agricole pour retenir les jeunes dans le pays, mais ça n’a pas l’air très efficace. Un des agriculteurs qu’on a rencontré nous a dit qu’il faisait partie de la dernière génération d’agriculteurs. Et dans les champs, ce sont les vieux aux cheveux blancs qui labourent avec leurs bœufs. Il n’y a pas de jeunes pour les aider.

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