Non, le Népal, ce n’est pas que des montagnes !

Avant de raconter notre quotidien dans ce village de Gautampur, il est nécessaire de briser un mythe bien ancré dans nos esprits. Le Népal, ce n’est pas que les montagnes. Une grande plaine, appelée Teraï, au climat tropical, marque la frontière avec l’Inde. Y vivent la moitié des népalais. Mais ces népalais ne sont pas non plus les mêmes que dans le reste du pays. Aujourd’hui, c’est un melting pot de populations : d’abord, les descendants des populations d’origine, les tharus, qui vivaient dans cet espace alors qu’il était couvert de forêts et envahi par des moustiques porteurs du paludisme, maladie contre laquelle ils étaient plus ou moins immunisés. Après que la forêt ait commencé à reculer et que la malaria soit éradiquée, des populations venues du Sud, de l’actuelle Inde, s’y sont installées. Ce sont les maïthalis, qui parlent leur propre langue, ont la peau sombre, de grands yeux, et un visage plus fin que les populations mongoliennes du Nord du Népal.

Ces dernières sont descendus des collines pour chercher une vie meilleure dans la plaine, depuis seulement une ou deux générations. Plus riches, plus éduqués, ces « pahadis » accaparent une partie des ressources de la plaine, leur langue, le nepali, est l’unique langue officielle du pays, alors même que les madeshis, qui sont les habitants ancestraux du Téraï (incluant les maïthalis, les tharus…) ne la parlent pas. Le pouvoir central à Kathmandu est concentré dans les mains de ces pahadis, ainsi que les représentants du gouvernement et ceux ayant des responsabilités à l’échelle du district.

Le système de castes s’ajoute à ces inégalités liées à l’appartenance à un groupe ethnique. Il y a une hiérarchie de castes chez les pahadis comme les madeshis. Le nom de famille donne la plupart de temps la caste correspondante, et comme il est très difficile de se marier avec quelqu’un d’une caste différente, il est difficile de s’en défaire. Dans le Teraï, la caste donne aussi le type de métier traditionnel. Les Sah sont plutôt des commerçants, les Mehta des maraîchers, les Yadav des éleveurs de bétail, les Takur coiffeurs apparemment, etc. Toutes ces castes hindous sont relativement au même niveau à Gautampur, village maïthali (donc Madeshi).

En revanche, les intouchables, castes les plus basses et les plus méprisées, sont souvent ceux qui n’ont pas de terre. Il construisent donc leur maison en paille le long des routes, sur des terres gouvernementales, et sont bien souvent ouvriers journaliers dans les champs des propriétaires des castes plus élevées. Il y a aussi des villages entiers d’intouchables, où la pauvreté transparaît à travers les maisons-cabanes, et l’allure des enfants : pas besoin d’en faire un dessin. Les noms des castes d’intouchables peuvent être aussi en rapport avec les métiers qu’ils occupent, les métiers les plus considérés comme impurs : ceux qui découpent les animaux morts, ceux qui travaillent le fer… Mais le plus horrible de tous est « Musahar », qui veut littéralement dire « mange-souris », ce qui résume plutôt bien leur situation. Rejetés par tous les autres, les intouchables s’intègrent peu à peu. Nous en avons rencontrés qui ont réussi et grâce à l’argent sont moins discriminés, mais dans l’ensemble ils sont encore sujets aux moqueries et blagues douteuses.

Les musulmans ont aussi leur propre système hiérarchisé, quoiqu’on a l’impression qu’il l’est moins, et vivent en relative harmonie avec les hindous, même s’ils regroupent leurs maisons dans des hameaux et des quartiers parfois un peu à l’écart. Les femmes sont un peu plus voilées chez les musulmans que chez les hindous, mais toujours avec de belles couleurs chatoyantes. On a aussi croisé quelques niqabs (voile intégral noir laissant seulement une fente pour les yeux), mais ce n’est pas encore trop tendance au Népal.

Même si les Pahadis sont censés avoir un système de caste différent des madeshis, on a l’impression que les madeshis sont bien souvent considérés comme inférieurs. Ils peuvent parfois être méprisés et discriminés par les pahadis notamment parce qu’ils ont une peau plus sombre.

Des mouvements d’indépendance de « Madesh », la plaine du Teraï, qui a ses propres populations, sa langue et ses coutumes tentent d’élever leur voix. Nous avons même rencontré un vieil agriculteur à Gautampur qui nous a dit en secret que son fils était en prison depuis qu’il a participé, voire mené des révoltes indépendantistes. Les madeshis en ont assez d’être assimilés à des indiens et sont tristes de savoir qu’ailleurs dans le monde, les gens pensent que népalais = nepali = un peu comme des tibétains.

D’où ce petit article pour leur rendre justice : non, le Népal, ce n’est pas que des montagnes, et les népalais peuvent ressembler à des tibétains, mongols, chinois, indiens, sri-lankais…

Ci dessous, des photos de maïthalis prises à Gautampur, le village dans lequel nous avons vécu pendant un mois.

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Une réflexion sur “Non, le Népal, ce n’est pas que des montagnes !

  1. Passionnants vos deux derniers articles. Une idée: et si vous interviewiez un enfant (voire plusieurs) pour leur demander ce qu’ils pensent de leur avenir (mais c’est peut-être une vision d’européenne?)

    Belles futures découvertes.

    J'aime

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